vendredi 15 janvier 2021

Logomachistes et « has been »

Tandis qu’en communiquant (mal), les gens aux affaires s’efforcent surtout de faire oublier que, pour des résultats qui ne sont pas fondamentalement meilleurs sur le front sanitaire, nous vivons désormais sous un régime de droit où l’exception, en matière de libertés publiques, tend de plus en plus à devenir la règle, il s’en trouve parmi eux certains pour s’imaginer et déclarer avec l'aplomb qui caractérise les logomachistes, que les gens au travail, ─ dans les bureaux, les ateliers ou les usines, ─ n’auraient pas d’autre préoccupation en fin de journée  que de boire l’apéritif entre eux, comme dans un roman réaliste, au lieu d’aller chercher leurs enfants à la garderie, de faire des courses ou encore de perdre leur temps dans les transports : vous avez dit « hors sol » ? Non, plutôt « has been ».

 

mercredi 13 janvier 2021

Actualité de Pierre Dac

Sérénissime incarnation de la sagesse orientalo-berrichonne, ou encore fondateur, avec son inénarrable acolyte Francis Blanche, du Parti d’en Rire, Pierre Dac, le génial inventeur du Biglotron, cet appareil qui « ne sert apparemment à rien », mais « est appelé dans un avenir d'autant plus proche qu'il sera moins éloigné, non seulement à servir à tout, ce qui est la moindre des choses, mais encore et surtout à n’importe quoi », ─ Pierre Dac, disons-nous, faisait un jour remarquer que « les résistants de 1945 sont, parmi les plus glorieux et les plus valeureux combattants de la Résistance, ceux qui méritent le plus d'estime et le plus de respect parce que, pendant plus de quatre ans, ils ont courageusement et héroïquement résisté à leur ardent désir de faire de la Résistance ».

Ce constat conserve, semble-t-il, toute son actualité : on pourrait, à petit pied, l’appliquer à ceux qui, pendant quatre ans, ont résisté à leur désir de fermer la tribune qu’ils ont offerte pendant tout son mandat à Donald Trump.

 

samedi 9 janvier 2021

Une attitude (bien) française : la « défausse »

 La « défausse » est l’une des attitudes caractéristiques de l’exception française :  tandis que nous revendiquons notre spécificité et notre supériorité quand il est question (entre autres) de gastronomie, de mode, de luxe, de créativité littéraire et artistique, etc., nous avons mis au point de nombreuses techniques de « défausse » quand il s’agit d’endosser nos responsabilités face à un problème. Parmi ces techniques, issues de notre système D national et de notre longue expérience des désastres civils et militaires, figurent bien sûr le refilage de patate chaude et la formule magique adaptable en toutes circonstances : « Ce n’est pas moi, c’est l’autre », laquelle peut même aller jusqu’à la délation préventive.

 Ce qui ne n’est après tout qu’une (mauvaise) habitude, apprise dès le plus jeune âge sur les bancs de l’école, expérimentée (chez les hommes) lors du service militaire, du moins au temps de cette institution, mise en pratique à tous les étages des bureaux des entreprises et des administrations, on aurait pu espérer que le « nouveau monde » politique s’efforcerait de la combattre partout en son sein, à tout le moins à son plus haut niveau ; mais les (mauvaises) habitudes restent habituelles, c’est même à cela qu’on les reconnaît : c’est ainsi qu’un bel exemple de « défausse » est venu prendre sans honte dans le discours de membres du gouvernement et de la majorité parlementaire la suite des propos martiaux de type 1870 entendus, avant son démarrage, sur les préparatifs de la campagne de vaccination (« Nous sommes prêts et archi-prêts. La guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats »). En effet, devant l’ampleur du bide, quand de nombreux Français s’étonnent de notre retard à l’allumage, réclament dès à présent une vaccination étendue à tous, sans condition d’âge ou de statut, les CC du gouvernement ont eu l’idée, un peu saugrenue, d'en faire porter la responsabilité à ceux qui expriment leurs interrogations sur le vaccin (mais qui n'y sont pas nécessairement opposés comme certains raccourcis médiatiques le laissent entendre) ! 

Plus la ficelle est grosse, moins nous sommes supposés la voir : c’est faire fond, à l’instar de ce que pratiquaient les politiques du « monde d’avant », sur la myopie politique des électeurs. Allez, c’est reparti… comme en 40 !

vendredi 13 novembre 2020

Etonnante actualité du roman et du film "Les vieux de la vieille"

 Etonnante actualité du roman et du film Les vieux de la vieille au moment où certains "experts" commencent à susurrer qu’un confinement spécifique des personnes âgées de plus de 65 ans serait plus approprié qu’une mesure  générale. Il aura fallu peu de temps, depuis le fameux "OK Boomer" lancé par la parlementaire néo-zélandaise Chlöe Swarbrick à un collègue plus âgé, pour que les jeunes de la jeune garde viennent en remonter à leurs anciens avec ce ton sans appel dont on sait qu’il conduit généralement à déresponsabiliser les admonestés. Ainsi, un tel processus d’infantilisation n’est-il pas de nature à générer chez ces derniers des comportements tels ceux que l’adaptation par Michel Audiard du roman de René Fallet a hissés au niveau d’une véritable épopée villageoise ? Manifestations d’un esprit asocial, voire anarchiste, allant jusqu’à la rébellion et aux excès en tous genres, dont on trouvera ci-dessous un florilège :

« C’est pas d'ma faute si j’ai soixante cinq ans, j’ai mis assez d'temps pour les avoir »

« J’ vas faire un doublé de connards »

« Tu saurais comment on s’en débarrassait de ceux-là,  à Verdun »

 Plus sérieusement, la crise sanitaire favorise indirectement la montée insidieuse d’une idéologie libertarienne de "guerre des âges", reprise à leur compte par des théoriciens du libéralisme et des collapso-écologistes pour être substituée à celle de "lutte des classes". Cela ne contribue pas, on l'aura compris, à l'union souhaitée, affirmée ou du moins réclamée par le Gouvernement, qui aurait donc tout intérêt à se montrer plus clair et plus affirmatif à ce sujet.

dimanche 1 novembre 2020

Coups de menton et déclarations volontaristes : un certain caporalisme à la française a vécu

 Si les mots sont importants en politique, ce n’est pas à leur aune qu’on juge une politique, mais à son adéquation avec la situation et bien sûr à ses résultats. La globalisation et la marchandisation du monde, pour une part largement détournée par les pays autoritaires au profit de leur économie, ne laisse, dans un contexte libéral, que peu de marge de manœuvre sur ce terrain aux dirigeants des démocraties occidentales. Or, depuis au moins un quart de siècle, de graves difficultés de compréhension, un coupable défaut d’analyse et un manque consternant de lucidité n’ont pas permis à ces mêmes dirigeants d’anticiper les conséquences de ce phénomène sur leur exercice des prérogatives régaliennes des États dont ils sont chargés de conduire les destinées : les privant de moyens d’actions, les voici désormais condamnés à l’impuissance, dont témoigne leur incapacité à définir et à mettre en œuvre un véritable projet politique. On les voit dès lors se rabattre sur le « sociétal » pour donner quelques gages aux groupes de pression et aux activistes, qu’ils appartiennent au camp du progrès autoproclamé, ou, au contraire, à la frange la plus conservatrice de la population : il s’agit, en agissant de la sorte, de se constituer une majorité sur la gauche ou sur la droite d’un électorat de plus en plus démobilisé, voire indifférent. Ces petits arrangements entre amis s’efforcent, sans grand succès, de donner l’impression que le « bouzin » fonctionne ; mais ils ne permettent pas de relever les défis, tel celui de l’adaptation au changement climatique et la gestion des crises diverses, notamment sanitaires, qui en découlent. Désarmés face à toutes sortes de menaces dont ils ont négligé de voir les prémisses, quand ils n’en sont pas plus ou moins directement à l’origine, les dirigeants en question, au premier chef, le Président de la République française, celui d’aujourd’hui comme ceux d’hier, en appelle, sur un ton martial, à la mobilisation nationale ; mais au vu du peu de résultats affichés depuis les dernières décennies en matière de véritable progrès politique et social, la Nation suit peu et le Peuple ne suit pas : n’est pas Philippe Auguste, Louis XIV, Napoléon ou De Gaulle qui veut !

mercredi 28 octobre 2020

Nouvel avatar de la pensée unique

 La pensée unique est de retour, caractéristique d’un système politico-médiatique où l’on vante le juste milieu et la modération, tout en adoptant des attitudes qui sont à l’opposé de cet équilibre revendiqué : comme elle n’a toujours rien à proposer, la pensée unique se définit et s’affirme par la condamnation indifférenciée, le plus souvent sans véritables arguments et parfois de manière outrancière, de tous ceux qui ne l’ont pas adoptée et qui, en conséquence, s’entendent qualifiés de « complotistes », de « populistes », de « séparatistes », de « racistes », de « machistes », etc.,  selon les cas. Mais attention ! On peut, par exemple, être rangé par certains dans la catégorie des « machistes » et soi-même dénoncer avec la même vigueur ceux que l’on désignera à la vindicte publique comme des « racistes » ou des « populistes » : faites l’exercice et vous constaterez en effet que ces différents termes peuvent être tout à la fois substitués et opposés à l’infini, ce qui n’est pas sans rappeler la légèreté coupable avec laquelle certaines élites, à la veille de la Révolution française, s'amusaient à faire et à défaire les réputations ; peut-être la seule différence tient-elle simplement au fait que, du point de vue de l’esprit, les adeptes modernes de la pensée unique se montrent rarement à la hauteur de leurs prédécesseurs.

Le « Monstre de Malmesbury »

  La petite ville de Malmesbury est dominée par son imposante église paroissiale, vestige d’une ancienne et puissante abbaye dont la Dissol...