vendredi 12 novembre 2021

Adieu Mediapart

 Quand on quitte quelqu’un, c’est un minimum de lui donner les raisons de son départ : il ne s’agit pas de se montrer acrimonieux et de jeter aux orties tout ce que cette fréquentation vous a apporté ; mais il n’y aurait aucun sens à taire les raisons qui ont poussé à cette séparation.

Il nous semble que Mediapart, pourtant très critique dans bien des domaines à l'égard de ce que nous appellerons, après d'autres, l'extrême-centre, s'est largement associé depuis le début de la crise sanitaire à la ligne de ce courant idéologique, même si nous pouvons observer que la position de Mediapart a récemment évolué, par exemple sur la possible/plausible origine du virus, l’amenant notamment à évoquer des thèses qui auraient été vraisemblablement qualifiées par lui « complotistes » il y a dix-huit mois ou même seulement un an.

Il n'est donc pas impossible que Mediapart, quelque jour prochain, en arrive, par exemple, à réhabiliter certains propos de Laurent Mucchielli, qu'il avait condamnés sur le témoignage d'un autre clubiste ayant joint sa voix au vilipendage  dudit Mucchielli par plusieurs de ses « chers collègues ».

Naturellement, Mediapart a le droit sinon le devoir, de signaler les excès  de ses clubistes : encore faudrait-il que ce contrôle s'exerce de manière uniforme, ce qui n'est manifestement pas toujours le cas, comme il est aisé le constater à la lecture de nombreux billets qui véhiculent des informations invérifiées et qui ne font pourtant l’objet d’aucun rappel à l’ordre ; mais, n'ayant pas en ce qui nous concerne, le goût de la délation, nous préférons nous éloigner d'un média qui finalement les cautionne, du moins quand cela correspond à son projet politique.

samedi 23 octobre 2021

L’enrichissement général, vieille lune libérale

 Ce que nous apprend le chiffre de 38 millions de Français attributaires potentiels du « chèque classe moyenne » du gouvernement Castex, – chiffre indirectement corroboré par celui de 4 ménages sur 5 ayant bénéficié, dès la mise en place de la mesure, de la suppression de la taxe d’habitation, – c’est qu’après deux siècles de capitalisme plus ou moins tempéré, lequel a contribué à faire de la France une des premières puissances économiques mondiales, la justification première de ce système, qui est de permettre l’enrichissement général, doit faire sur ce point l’objet d’une remise en cause fondamentale à raison de sa faillite.

Certes les Français, en particulier quand on compare leur situation à celles des populations de plusieurs autres pays développés, bénéficient surtout depuis l’après Seconde Guerre Mondiale, d’une politique redistributive, d’où sont cependant exclus, par différents effets de seuil, de nombreux membres de la classe moyenne inférieure : cette redistribution permet de remédier aux situations les plus difficiles ; mais il n’en demeure pas moins, quant à l’enrichissement du plus grand nombre, que l’efficacité réelle du système capitaliste n’est nullement avérée et qu’un constat objectif peut  facilement mettre en évidence que l’exploitation de l’ensemble des ressources de la planète, en dehors de ses conséquences globales sur l’avenir de cette dernière, n’a en fait permis que d’enrichir les plus riches.

Il ne s’agit donc pas d’encourager le capitalisme en continuant par exemple à lui prodiguer des conseils en matière sociale ou environnementale, avec la mention « peut mieux faire », mais de répondre sans idéologie à la question « peut-il mieux faire » ? On s’étonnera un jour que la réponse n’ait pas été  formulée plus rapidement et de manière quasi-unanime, tant le constat peut être froidement partagé par l’ensemble du personnel politique en dehors de ses différentes conceptions sociétales ; mais les idéologues, quel qu’en soit le genre, ont une telle capacité de mobiliser le débat, quelle qu’en soit la nature : aujourd’hui, ce sont les libéraux, néo-libéraux ou « libéralistes » qui déversent à flots ininterrompus dans les médias leurs maximes et leurs mantras sur le ton du « entrez vous cela dans la tête » qui présida jadis aux débuts de la publicité.

vendredi 27 août 2021

Le passe sanitaire, illustration de la pratique politique de l’extrême-centre

 L’affaire du passe sanitaire constitue une illustration parfaite, nous semble-t-il, de la pratique politique de l’extrême-centre : plutôt que d‘imposer la vaccination obligatoire contre le COVID-19, comme sans doute l’eussent fait autrefois les familles politiques traditionnelles de droite ou de gauche, et prendre conséquemment le risque de se voir reprocher le caractère incontestablement liberticide d’une telle décision, la politique modérantiste et libérale du pouvoir, qui, au demeurant, n’exclut pas l’autoritarisme musclé dans l’application de ses procédés de défausse, contraint les membres du corps de la Nation, sans cesse et toujours plus divisés et opposés entre eux, à se positionner pour ou contre le passe sanitaire à partir des seuls éléments de langage du gouvernement, sans pouvoir prétendre effectuer un choix véritablement éclairé, ou véritablement politique, puisque le champ d’application de cet outil est à géométrie variable.

Dès lors, prendre position, non pas contre la vaccination en elle-même, mais contre le passe sanitaire, c’est avant tout dénoncer l’hypocrisie d’un passe vaccinal, dont le pouvoir ne veut pas dire le nom pour des raisons inhérentes à la doxa de l’extrême-centre : privilégier la cote mal taillée et le flou du discours, le vide des mots et le choc des petites phrases, dans l’espoir d’agréger «  en même temps » le temps d’un vote, au-delà d’un projet politique inexistant, quelques segments du marché électoral qui permettront sa réélection, au mépris du signal fort envoyé par l'abstention.

samedi 10 juillet 2021

« L'admirable aussi, c'est la facilité à se payer de mots » (Victor Hugo)

 

Soit, à la suite d’un attentat, un communiqué du genre :

« Le Président de la République [var. : le Premier Ministre] a condamné avec la plus extrême vigueur cet acte lâche et odieux ; tout est mis en œuvre, a-t-il indiqué, pour que ses auteurs, ainsi que leurs complices éventuels, soient rapidement identifiés, localisés, arrêtés et jugés avec la plus grande sévérité. La République ne se laissera pas intimider par les extrémismes et force restera à la Loi ».

On aura reconnu aisément les « éléments de langage » habituels, empruntés à des déclarations authentiques. Questions :

-         Comment un responsable politique pourrait-il ne pas condamner avec la plus extrême vigueur un attentat ? Imagine-t-on un seul instant qu’il puisse le condamner mollement, du bout des lèvres, à contrecœur même ?

-         Comment un attentat pourrait-il être autre chose que lâche et odieux ? Y aurait-il donc des attentats badins, dont il serait possible de s’accommoder ?

-         Comment un responsable politique pourrait-il différer les instructions nécessaires pour aboutir le plus rapidement possible à la prise de corps des auteurs de l’attentat ? Imagine-t-on qu’il veuille donner du temps aux criminels afin que ceux-ci puissent organiser la suite des événements, raconter leur histoire, qui sait, fêter leur succès ?

-         Comment un responsable politique pourrait-il réclamer autre chose que la plus grande sévérité à l’encontre des auteurs de cet attentat ? S’agirait-il de plaider à leur place les circonstances atténuantes, d’envisager des démonstrations de sympathie, voire d’amitié à leur égard ?

-         Enfin, la République n’est pas constituée en dehors des républicains et ce sont les représentants de la Loi qui doivent avoir recours, de manière proportionnée, à la force : un attentat place donc les uns et les autres en face de leurs responsabilités. Pourquoi donc se défausser sur des entités abstraites, sinon parce que cela ne coûte rien ?

On aura compris qu’il s’agit en fait, pour celui qui produit ce genre de communiqué, de se payer de mots ; mais l’inflation de ces derniers conduit bientôt, à l’instar de ce que l’on observe s’agissant de la monnaie, à leur dévalorisation. Se payer de mots, c’est donc avoir recours à de la « monnaie de singe » : celle-ci a longtemps eu cours forcé sur le marché de la politique des professionnels ; mais le taux d’abstention des dernières élections montre que singeries et simagrées ont désormais perdu toute valeur fiduciaire.

lundi 21 juin 2021

L’union dans l’abstention

 Au vu des 32 à 33 millions d’abstentionnistes, nul ne pourra évoquer la situation en se contentant de railler, comme toujours, le « parti des pêcheurs à la ligne ». Et si, pour une fois, en politique, les « professionnels de la profession », leurs conseils, consultants et conseillers, ainsi que les médias, se posaient la question de manière radicale au lieu de faire entendre leurs traditionnelles antiennes, du genre « nous avons entendu le message des Français » ? Et si, pour une fois, il s’agissait vraiment de tirer les conséquences de ce désaveu, qui, soulignons-le, concerne moins les candidates et les candidats aux régionales ou aux départementales que les états-majors politiques nationaux, parisiens, jacobins, lesquels ont tout fait pour détourner le débat de ses véritables enjeux ?

Car à y bien regarder, s’agissant notamment des plus jeunes d’entre eux, nous avons affaire à une véritable « grève des électeurs », comme l'y appelait en 1888 (!) Octave Mirbeau, dont le propos a conservé toute son actualité (*) : pas question pour le citoyen mécontent de renforcer le vote protestataire, qui depuis longtemps a montré ses limites. Non, le désenchantement est complet et le dégagisme n’est même plus à l’ordre du jour : en quatre ans l’extrême-centre aura réussi cet exploit de réunir deux Français sur trois, comme l’avait jadis souhaité Valéry Giscard d’Estaing ; mais sans doute le promoteur de la « société libérale avancée » n’imaginait-il pas qu’une telle union se réaliserait dans l’abstention. A tout prendre, cette union-là aussi fait peut-être la force.

(*) Voir également l'analyse d'Ulysse Rabatté sur son blog Médiapart (24 juin 2021).


mercredi 9 juin 2021

La gifle

Talleyrand ayant un jour reçu une gifle qui l’avait renversé, le roi, qui demandait de ses nouvelles, fit allusion à ce soufflet : « Sire, c'était un coup de poing, » lui répondit Talleyrand, avec l'esprit de quelqu’un qui pouvait accepter une agression, mais refusait un affront.

 

jeudi 3 juin 2021

La grande illusion

Quelques quarante ans après les débuts d’une décentralisation timide, il n’est nul besoin d’être un grand spécialiste des institutions pour constater, avec le passage au quinquennat présidentiel assorti d’une chambre d’enregistrement, un retour à marche forcée vers le jacobinisme le plus pur, dont le gouvernement par le biais du Conseil de défense et de sécurité nationale donne aujourd’hui le meilleur exemple. On pourrait conclure de ce constat, et après tout pourquoi pas ? que seule compte désormais dans le système politique français l’élection présidentielle, à l’exception peut-être de celle des conseils municipaux, du moins dans les territoires de déréliction et de relégation où la commune reste la seule entité perceptible par les citoyens.

En fait, et le plus grand parti de France, c’est-à-dire celui des abstentionnistes, ne s’y est pas trompé, l’élection du Président de la République, ou plus exactement le second tour de ce scrutin en quoi réside son essence bonapartiste, vieux démon français qui reste encore à exorciser, consiste désormais dans un choix entre d’une part le candidat ou la candidate qui serait le ou la plus acceptable du point de vue des valeurs républicaines aux dires des médias, des commentateurs et des ultracrépidarianistes, d’autre part un candidat ou une candidate faisant office de repoussoir : on est ainsi passé du fameux « bonnet blanc et blanc bonnet » de jadis à un vote plus illusoire encore, où, à l’instar des émissions de téléréalité, tout semble avoir été scénarisé à l’avance.

Du coup, même l’élection présidentielle apparaît sous son vrai jour, une sorte de référendum par défaut, ce qui n’est pas de nature à renforcer la participation au prochain scrutin.

 

Adieu Mediapart

  Quand on quitte quelqu’un, c’est un minimum de lui donner les raisons de son départ : il ne s’agit pas de se montrer acrimonieux et de jet...